24/08/2006Frères humainsFrères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
18/08/2006humblement j'entre ici comme un nouvel inscritn'ayez ni peur ni mépris contre moi Mignonne, allons voir si la roseMignonne, allons voir si la rose
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
mon amie la roseOn est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille
Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus
Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Eblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait
Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien
Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin
autant en emporte le ventCar, où soit ly sains apostolles,
D'aubes vestus, d'amy coiffés,
Qui ne ceint que saintes étoles
Dont par le col prend l'y mauffez
De mal talant tout échauffés,
Aussi bien meurt fils de servants,
De cette vie ci bouffés :
Autant en emporte le vent.
Voire, ou soit de Constantinople
L'emperière au poin dorez,
Ou de France le roy très noble
Sur tous autres roys décorés,
Qui pour les grands Dieux aourés
Bastist églises et couvents,
S'en son temps il fut honnorés,
Autant en emporte le vent.
Ou soit de Vienne et de Grenoble
Le Dauphins, ly preux, ly senez,
Ou de Dijon, Salins et Dôle,
Le sires et le fils ainé,
Ou autant de leurs gens privés,
Héraults, trompettes, poursuivants,
Ont ils bien bouté sous le nez ?
Autant en emporte le vent.
Princes à mort sont destinés,
Et tous autres qui sont vivants ;
S'ilz en sont courciez n'ataynez,
Autant en emporte le vent.
Puis que papes, rois, fils de rois
Et conçus en ventres de reines,
Sont ensevelis morts et froids
En autrui maints passent leurs règnes,
Moi pauvre mercerot de Rennes
Mourrai-je pas? Oui, si Dieu plait ;
mais que j'aie fait mes étrennes,
Honnête mort ne me desplaît.
Ce monde n'est perpétuel,
Quoi que pense riche pillard :
Tous nous sous mortel coutel.
Ce confort prens, pauvre vieillard,
Lequel d'être plaisant raillart
Ot le bruit, lorsque jeune estoit,
Qu'on tiendroit a fol et paillard,
Se, vieil, à railler se mettrait.
Or lui convient il mendier,
Car à ce force le contraint.
Regrette huy sa mort, et hier ;
Tristesse son coeur si étreint
Que souvent, n'était Dieu qu'il craint,
Il ferait un horrible fait.
Et advient qu'en ce Dieu enfreint
Et que luy même se défait.
Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
Ores plus rien, ne dit qui plaise.
Tousjours vieil songe est déplaisant,
Moue ne fait qu ne desplaise :
S'il se tait, afin qu'il complaise,
Il est tenu pour fol recru ;
S il parle, on lui dit qu'il se taise
Et qu'en son prunier n'a pas cru.
Aussi ces pauvres femmelettes
Qui vieilles sont et n'ont de quoi,
Quant ils voient ces pucelletes
Emprunter elles a requoy,
Ils demandent à Dieu pourquoi
Si tôt naquirent, n'a quel droit.
Notre Seigneur se tait tout coi,
Car au tancer il le perdrait.
je commence ici le journal de ma pauvre vieDites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?
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| « Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis. »
Francois Villon
« Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous en serons au temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur »
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Le tableau du fond de l'écran est mis ici avec la très aimable autorisation de l'artiste, qui en conserve tous les droits de copie : Michel Giliberti. |